1 enfant sur 3 n’est pas enregistré au Cameroun : la CDJP Batouri agit pour garantir le droit à l’identité dans la Kadey

La CDJP Batouri mobilise les communautés de la Kadey pour garantir l’accès à l’acte de naissance. | Image: news.un.org pour illustration

Selon l’UNICEF, un enfant sur trois n’est pas enregistré à la naissance au Cameroun. Dans les communes de Ouli et de Kentzou, la Commission diocésaine Justice et Paix (CDJP) de Batouri accompagne les communautés pour faire de l’acte de naissance un droit accessible à tous.

Par Rodolphe NOA

Dans une salle de classe de Ouli, une institutrice referme le registre des inscriptions aux examens officiels. Un nom manque sur la liste. Pas parce que l’élève n’a pas travaillé, mais parce qu’il ne dispose pas d’un acte de naissance. Sans ce document, son parcours scolaire risque de se retrouver bloqué au moment même où il devrait franchir une nouvelle étape.

Cette situation est loin d’être isolée. Selon l’UNICEF, environ un enfant sur trois n’est pas enregistré à la naissance au Cameroun. Cette absence prive les enfants d’une identité juridique reconnue et peut limiter leur accès à des droits essentiels : l’éducation, les services publics, la protection administrative.

La CDJP-Batouri essaye de donner une sense à l’existence des enfants dans l’Est du Cameroun

Dans le département de la Kadey, particulièrement dans les communes de Ouli et de Kentzou, la CDJP de Batouri s’engage pour répondre à cette réalité. Par des campagnes de sensibilisation et un accompagnement juridique de proximité, elle aide les familles à comprendre l’importance de l’acte de naissance et à entreprendre les démarches pour l’obtenir.

Ce travail s’appuie sur le projet « Autonomisation des femmes pour des économies résilientes et des communautés pacifiques dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua où vivent les réfugiés », mis en œuvre avec l’Organisation internationale du Travail (OIT) et le financement de l’Agence coréenne de coopération internationale (KOICA).

Un acte de naissance, première reconnaissance d’une existence

L’acte de naissance passe souvent pour une simple formalité administrative. Il est pourtant le premier document qui reconnaît officiellement l’existence d’une personne devant la loi.

Sans lui, les obstacles s’accumulent. L’inscription aux examens officiels, l’obtention d’une carte nationale d’identité, la poursuite des études, certaines démarches professionnelles : tout cela suppose d’abord d’exister sur le papier.

Pour assurer une certaine degré de fluidité dans le parcours scolaire des enfants, la CDJP-Batouri réagi en temps | Image:
english.news.cn
pour illustration

Un enfant sans acte de naissance peut voir son parcours scolaire bloqué au mauvais moment. Un adulte sans identité juridique se ferme des portes professionnelles et administratives sans toujours en comprendre la raison.

Obtenu, il change une trajectoire. Absent, il en bloque une.

Dans la Kadey, des obstacles encore nombreux

persistantes liées à l’enregistrement des naissances.

Beaucoup de familles ne connaissent pas les procédures ou ignorent l’importance d’une déclaration dans les délais légaux. L’éloignement des centres d’état civil, les accouchements à domicile, l’insuffisance des infrastructures et les difficultés de mobilité aggravent encore la situation.

Quand les délais sont dépassés, les familles doivent engager une procédure de jugement supplétif. Cette démarche, plus longue et plus complexe, en décourage plus d’une, surtout quand s’y ajoutent des difficultés économiques ou sociales.

C’est pourquoi la CDJP Batouri va vers les communautés, plutôt qu’attendre que les familles viennent vers elle.

Sensibiliser et accompagner pour changer les comportements

Sur le terrain, les équipes de la CDJP organisent des séances de sensibilisation dans les villages. Le message est simple : l’acte de naissance est un droit qui protège chaque personne dès sa naissance.

Les échanges répondent aux questions des parents, des jeunes et des leaders communautaires. Ils rappellent les démarches à suivre et encouragent les familles à déclarer les naissances dans les délais prévus.

Pour les personnes qui n’ont jamais été déclarées, la CDJP oriente vers la procédure de jugement supplétif. Cette assistance touche des enfants en âge scolaire, des entrepreneurs et des membres d’associations villageoises d’épargne et de crédit.

Chaque acte délivré raconte une histoire concrète

La confiance entre les communautés et les services administratifs se reconstruit, acte par acte.

Défendre l’identité, défendre la dignité humaine

Pour la CDJP Batouri, promouvoir l’état civil est indissociable de la défense des droits humains. Reconnaître juridiquement une personne, c’est lui rendre sa dignité et lui ouvrir l’accès à ses droits.

Chaque acte délivré raconte une histoire concrète. Un enfant qui peut poursuivre son parcours scolaire. Un jeune qui obtient une pièce d’identité. Une famille qui retrouve confiance dans les institutions.

Dans la Kadey comme ailleurs au Cameroun, garantir l’accès à l’acte de naissance reste un enjeu de fond. Avant d’être un document administratif, il est la première preuve qu’une personne compte et qu’elle a pleinement sa place dans la communauté nationale.

FAQ

Pourquoi l’acte de naissance est-il important au Cameroun ?

L’acte de naissance est le premier document qui reconnaît officiellement l’existence juridique d’une personne. Au Cameroun, il est indispensable pour accéder à plusieurs droits, notamment l’inscription aux examens officiels, l’obtention d’une carte nationale d’identité, la poursuite des études et diverses démarches administratives.

Pourquoi certains enfants restent-ils sans acte de naissance dans la Kadey ?

Dans les communes de Ouli et de Kentzou, plusieurs facteurs expliquent les difficultés d’accès à l’état civil, notamment l’éloignement des centres d’enregistrement, les accouchements à domicile, le manque d’information sur les procédures, les contraintes économiques et la mobilité de certaines populations.

Comment la CDJP Batouri aide-t-elle les familles à obtenir un acte de naissance ?

La Commission diocésaine Justice et Paix (CDJP) de Batouri sensibilise les communautés sur l’importance de l’état civil et accompagne les personnes sans acte de naissance dans leurs démarches, notamment à travers l’orientation vers la procédure de jugement supplétif lorsque les délais légaux de déclaration sont dépassés.

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