S.E Mgr Jean MBARGA, archevêque métropolitain de Yaoundé
Après 63 ans de service au Seigneur, Mgr Jean MBARGA parle…
Interviewé par Magnus Ful
Quels sentiments éprouvez-vous au moment de célébrer vos 43 ans de vie sacerdotale, 20 ans d’épiscopat et 10 ans comme archevêque de Yaoundé ?
Je rends grâce à Dieu pour l’opportunité de servir dans ce ministère essentiel. En célébrant cet anniversaire, je cherche une motivation intérieure pour poursuivre mon chemin et sollicite la grâce nécessaire pour maintenir mon engagement, trouvant de la joie dans le service aux autres. Ces années, riches et significatives, ont été guidées par mon principe de “service”. Ma passion pour aider autrui rend les défis plus faciles à surmonter, et le soutien divin se fait sentir lorsque l’on est choisi par Dieu. En tant que prêtre, évêque et archevêque, j’ai vécu des situations qui reflètent la vie de Jésus, englobant joie, chagrin, défis et compassion. Je crois que ma vocation sacerdotale est intimement liée à la vie du Christ.
Quelles bénédictions avez-vous constatées dans votre vie en raison de votre obéissance aux commandements de Dieu ?
Dieu incarne la providence, prévoyant les événements de votre existence et vous dotant des ressources nécessaires pour surmonter les épreuves. Dans chaque situation, j’ai ressenti une profonde humilité et une prise de conscience de mes limites, réalisant que tous mes succès étaient le fruit de la grâce divine. Notre catéchisme évoque la “grâce d’état” dans le ministère, et je reconnais avec humilité que mes apports étaient modestes ; c’était le Seigneur qui a orchestré l’ensemble.

En tant qu’évêque à Ebolowa, Kribi et Yaoundé, vous avez constaté la richesse culturelle du Cameroun. Quelles réflexions de ces régions pourraient favoriser le développement du pays ?
Notre pays possède un potentiel immense dans les domaines culturel, économique et social, qui peut être exploité grâce à la créativité. Malgré nos atouts, de nombreuses personnes adoptent une attitude passive, s’attendant à des progrès sans s’impliquer activement. Des régions telles que Kribi, Ebolowa et Yaoundé présentent des paysages fertiles, mais rencontrent des défis similaires à ceux des zones arides. Les communautés de ces diocèses et de la nation ont besoin d’une motivation pour exploiter leurs capacités. Des valeurs telles que la richesse humaine, les liens familiaux et la fraternité sont essentielles, mais souvent négligées. Heureusement, nous disposons d’une génération de jeunes intelligents prêts à prendre les rênes dans le domaine scientifique. Nous devons leur offrir des opportunités, et l’Église devrait soutenir tous les individus, en favorisant des membres bien éduqués, culturellement conscients et innovants dans cette ère technologique avancée.
Pouvez-vous mettre en avant vos réalisations majeures et les défis rencontrés dans votre ministère ?
À mon arrivée à Ebolowa, le diocèse avait treize ans, dont deux de vacances à l’évêché. La situation nécessitait un nouveau départ pour promouvoir le sacerdoce et la fraternité cléricale, avant de reconstruire les paroisses et d’obtenir des titres fonciers pour celles sous-dotées. J’ai ensuite contribué à la création du diocèse de Kribi, essentiel pour l’évangélisation au Cameroun, et je suis fier de mon rôle dans sa formation. Aujourd’hui, je suis heureux de voir la communauté prospérer lors de mes visites. De même, à mon arrivée à Yaoundé, j’ai fait face à une situation difficile. Bien que je sois originaire de cette ville, je me suis rappelé les paroles de Jésus dans Marc 6 :4 sur le manque d’honneur d’un prophète chez lui. Je me concentre sur la résolution des problèmes urgents plutôt que sur ma propre identité. Au cours de la dernière décennie, j’ai affronté de nombreux défis, et je rends grâce à Dieu de m’avoir permis de témoigner de Son amour pour Son peuple.
De nombreux groupes religieux et organisations de la société civile critiquent le Cameroun pour sa ‘banalisation’ du crime. Quelle est votre opinion à ce sujet, et quelles solutions suggéreriez-vous pour remédier à cette situation ?
La Conférence Épiscopale Nationale du Cameroun a toujours dénoncé l’injustice et les activités criminelles, mais cela ne suffit pas. Il est crucial de se concentrer sur une éducation proactive. Les dirigeants critiquent souvent la population sans réfléchir à l’inculcation des valeurs fondamentales. Reconnaître les droits de l’homme est insuffisant ; il faut impliquer activement la communauté. L’écart éducatif est préoccupant et nos pratiques sont souvent en contradiction avec les normes internationales. Pour lutter contre l’injustice et améliorer la qualité de vie, tous les Camerounais doivent s’unir. Je propose d’établir un calendrier structuré au sein de l’Église pour inculquer des valeurs essentielles, car l’éducation morale au Cameroun est supAPreerficielle. Le pays a des valeurs profondes et un potentiel intellectuel à exploiter. Le progrès nécessite l’engagement de tous.

L’inclusion des servantes d’autel demeure un sujet de débat au sein des diocèses au Cameroun et à l’échelle mondiale. Quelle est votre opinion sur cette question ?
“Je suis la servante du Seigneur. » Cette déclaration, prononcée pour la première fois par une jeune fille dans l’histoire chrétienne, souligne que chacun de nous a un rôle unique à jouer dans la mission collective. Donc il n’y a pas de débat sur ce sujet.
Que dites-vous à vos fidèles au sujet de l’élection présidentielle de 2025 ?
Le principe fondamental que je défends est celui de la “responsabilité”. Il est crucial que chacun d’entre nous adopte ce concept. La responsabilité implique d’agir non seulement pour satisfaire autrui, mais aussi pour reconnaître notre rôle dans le cours de l’histoire. En tant qu’archevêque, j’exhorte chaque individu à accepter ses responsabilités, car c’est l’histoire qui détermine finalement notre destin. L’année 2025 représente une nouvelle occasion de façonner l’histoire, et j’invite tous les Camerounais à prendre conscience de leur responsabilité face à ce moment historique.
Quelles priorités essentielles devraient, selon vous, concerner les jeunes et les adultes camerounais, tant dans votre archidiocèse qu’à l’échelle nationale ?
L’environnement actuel incite les individus à entreprendre leurs propres projets, cependant, beaucoup continuent de s’appuyer sur les initiatives des autres. Bien que la collaboration soit essentielle, il est crucial que chacun développe ses propres contributions. Les Camerounais devraient réfléchir à leur identité et se poser la question : « Que puis-je accomplir pour moi-même et pour le Cameroun ? » Cette introspection stimule la créativité, car le temps des plaintes est révolu. Chacun, peu importe sa situation géographique, devrait envisager comment améliorer sa vie et contribuer à son pays. L’absence de projets personnels peut même freiner la croissance spirituelle, car on peut être interpellé par la question : « Où est ton champ pour que je puisse te bénir ? » Cela met en lumière un problème plus large où beaucoup aspirent à des résultats sans s’impliquer activement. Il est impératif que tous participent à la construction de leur avenir et de celui du Cameroun, favorisant ainsi une société plus dynamique. Je constate ce dynamisme de mes propres yeux au marché de Mvog Mbi ici même à Yaoundé, où des personnes de tous âges s’efforcent avec diligence d’atteindre leurs objectifs, renforçant ainsi ma vision du Cameroun que je souhaite voir.

Il serait souhaitable que Son Excellence puisse apporter davantage de clarté sur les moyens concrètes de développer une relation plus profonde et significative avec Dieu.
Croyez-vous en l’existence de Dieu, en la présence de l’Esprit Saint, et en le Christ vivant ? Si tel est le cas, vous interagirez avec Dieu le Père, le Fils et l’Esprit Saint en tant qu’êtres réels. Cette vision donne vie à la Sainte Vierge Marie et à Saint Joseph, tout en transformant l’Église en une communauté dynamique. La foi ne se limite pas aux miracles ; elle repose sur la conviction d’une présence réactive. Pour cultiver cette croyance, il est essentiel d’invoquer ces figures, à l’instar de l’honneur accordé aux ancêtres dans les traditions africaines. En appelant Dieu et en développant une relation semblable à celle que l’on entretient avec les ancêtres, la foi devient concrète. Dans la culture africaine, les cérémonies traditionnelles sont des rassemblements animés ; nous devrions chercher à nous engager avec Dieu de la même manière dynamique et plus.
Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui voudrait envisager de s’engager dans la vie sacerdotale ?
Je ressens un profond respect pour les jeunes qui choisissent de postuler pour entrer au séminaire. L’augmentation du nombre de candidats me pousse à réfléchir à la manière dont ils parviennent à résister aux nombreuses distractions mondaines qui caractérisent notre société actuelle. Il est crucial de leur faire comprendre que s’engager dans une vocation sacerdotale représente un défi majeur, surtout face aux innombrables alternatives qui s’offrent à eux. Ce chemin ne doit pas être pris à la légère ; ceux qui envisagent la vocation de prêtre doivent avoir une compréhension claire des sacrifices nécessaires et une véritable passion pour leur appel. Une fois qu’ils auront atteint cette clarté, ils seront mieux préparés à décider s’ils peuvent poursuivre cette voie. De plus, il est essentiel qu’ils reconnaissent qu’un prêtre, comme tout autre citoyen, est appelé à affronter les défis de la vie, tout comme chacun d’entre nous.
