Nos Sacrements sont vides en dehors de la Bible 

Père KONO Athanase, responsable Pastoral Biblique, Archidiocèse de Yaoundé et Curé de la Paroisse Saint Paul de Ndzon-Melen Yaoundé

Propos recueillis par Magnus Ful

Cette année, l’archidiocèse de Yaoundé s’est appuyé sur le groupe « Parole de Dieu » pour les activités de la semaine Biblique. Pourquoi ce choix ?

Ce choix de l’Archevêque via la commission diocésaine pour la pastorale biblique vise le charisme et la spiritualité de ce groupe. Le groupe Parole de Dieu, axé sur la méditation et le partage de la parole divine, souhaite élargir ses activités à toutes les paroisses pour mettre en œuvre les initiatives de la commission.

Quel est le thème central de la Semaine de la Bible cette année ?

Cette année, la semaine biblique s’inscrit dans les activités de l’année jubilaire proclamée par le pape François. Les activités bibliques que nous avons organisées cette semaine s’inspirent du thème de l’année jubilaire, tiré de l’épître aux Romains 5, 5 : « l’espérance ne déçoit pas ». Cette espérance devrait également être le moteur qui guide chaque Camerounais dans ses actions et ses décisions.

Quel est, selon vous, le message central de la Bible ?

« Dieu est amour ». Voilà le message central de toute la Parole de Dieu. Ce message peut se décliner sous divers genres littéraires, à travers des traditions variées, pour un seul objectif : intégrer l’homme à cet amour divin. C’est la seule voie du salut.

Utilisez la Bible pour améliorer vos prières.

Quels conseils donneriez-vous pour mieux cheminer avec la Bible ?

La Bible présente de nombreuses ambiguïtés, tant dans sa lecture que dans sa compréhension. Il est essentiel d’adopter une approche d’apprentissage, guidée par des personnes expérimentées, pour acquérir les clés de lecture nécessaires. Ce processus débute par des phases d’initiation où l’on lit sans saisir pleinement le sens. La compréhension approfondie peut prendre une vie entière. Il est recommandé de se rapprocher de ceux qui ont véritablement étudié la Bible, notamment ceux ayant exploré les langues originelles et les aspects archéologiques. Ces experts, qui s’expriment à partir des sources plausibles, sont les mieux placés pour guider les novices dans leur cheminement biblique.

Certaines personnes lisent la Bible sans formation scolaire, affirmant avoir reçu l’esprit de discernement de Dieu. Qu’en pensez-vous ?

Je ne conteste pas que Dieu, dans sa souveraineté, peut en disposer ainsi. Cependant, il est important de noter que dans toute l’histoire biblique, Dieu agit toujours par l’intermédiaire de l’homme. Prenons l’exemple de Samuel : lorsque Dieu l’appelle, il a besoin de la présence d’Éli pour discerner l’appel. Aujourd’hui, nous célébrons la conversion de Saint Paul. Même après son apparition, Dieu a dirigé Saint Paul vers les autres apôtres, qui l’ont initié à la foi chrétienne avant sa mission vers les gentils (païens). Ceux qui prétendent avoir une inspiration directe bénéficient peut-être d’une grâce particulière, mais leur dissidence sur le champ pastorale remet tout en question. Tout porte à croire à une manipulation où la Bible est utilisée à des fins personnelles.

Comment votre étude de la Bible influence-t-elle vos opinions sur les problèmes sociaux au Cameroun ? (Santé publique, justice, crise économique etc.)

Père KONO Athanase

La Bible raconte l’histoire du salut, qui se manifeste non seulement à la fin des temps, mais aussi et avant tout au quotidien, à travers notre option préférentielle envers ceux qui souffrent. Elle nous envoie en mission pour sauver l’humanité et nous appelle à être des artisans de paix et de développement. En suivant le Christ, très compatissant à la situation des défavorisés, je suis inspiré à agir de même dans mon milieu de vie. La Bible m’incite à m’engager pour le bien-être de l’humanité et à promouvoir la justice et à préserver la dignité humaine. L’Église, à partir de ces enseignements christologiques, a développé une doctrine sociale pour rendre le salut (temporaire et eschatologique) accessible à tous, sans discrimination.

Quel est votre avis sur les récentes déclarations des évêques et le message de la 48e assemblée des évêques du Cameroun à Buea du 4 au 11 janvier ?

Les évêques, dans l’exercice de leur magistère, ont une triple fonction : enseigner, sanctifier, gouverner. Ils le font à la suite du Christ en vue du salut de l’homme de la société, citoyen et chrétien. Que leurs propos soient controversant, cela participe de la nature de l’évangile qui ne fait pas que consoler mais dénonce aussi pour un plus grand bien : la conversion. Cependant, leurs déclarations peuvent susciter des débats, souvent en raison de citations sorties de leur contexte pour des intérêts manipulatoires. Il est donc crucial d’écouter les évêques en tenant compte de leur contexte social et de leurs précédentes déclarations. Bien qu’ils aient la responsabilité d’enseigner, des fragments de leur message peuvent être utilisés pour manipuler l’opinion publique. Ce à quoi les chrétiens doivent rester vigilants.

Certaines personnes, surtout ceux des églises éveillées, soutiennent que les chrétiens catholiques ne lisent pas la Bible. Quel est votre avis à ce sujet ?

Leurs critiques pouvaient être justifiées à un moment donné de notre histoire chrétienne où la Bible n’était pas accessible à tous. À cette époque, on écrivait sur du papyrus, un matériau coûteux et difficile à se procurer, et chaque copie devait être réalisée à la main, ce qui représentait un travail ardu. Conséquemment, les prêtres lisaient pour en donner l’explication aux autres. Avec l’invention de l’imprimerie, il est devenu non seulement simple d’imprimer la Bible, mais aussi de la traduire dans des langues courantes. Avec la multiplication des textes bibliques aujourd’hui, l’Église catholique encourage les chrétiens à accéder à la Bible. Il est important de reconnaître que les catholiques ont développé une dimension sacramentelle et sacramental. Nous affirmons maintenant que les sacrements et les sacramentaux n’ont de sens qu’en lien avec la parole de Dieu. Tout ce que nous faisons, chaque acte posé dans l’Eglise trouve sa source dans les Saintes Ecritures. C’est pourquoi il est essentiel de puiser dans cette parole pour obtenir la lumière, la connaissance et la compréhension nécessaires sur des pratiques comme la prière du chapelet, le baptême, ou la communion. Il est donc crucial de saisir ces réalités à travers la lecture de la parole de Dieu. Aujourd’hui, il est inexact de dire que les catholiques ne lisent pas la Bible. Ils la lisent.

Père KONO Athanase

Quels efforts avez-vous faits pour inciter vos paroissiens à étudier la Bible ?

À Ndzong-Melen, j’organise des études bibliques tous les mercredis à 18h, et elles attirent un bon nombre de participants. De plus, Mgr Joseph Akonga Essomba à la paroisse d’Essos s’y attèle aussi. Dans l’archidiocèse de Yaoundé, l’école cathédrale propose des cours pour adultes presque tous les jours, de 16h à 20h, et jusqu’à 21h pour les formations bibliques. Nous soutenons aussi le groupe Parole de Dieu qui pratique la lectio divina, une méditation des textes bibliques pour enrichir la vie spirituelle et sociale des participants, presque chaque semaine.

Quelle est la différence entre la Bible sur téléphone et la Bible physique ?

Que ce soit la Bible physique ou numérique, il est important de réaliser que ce ne sont que des supports qui transmettent la parole de Dieu. Ainsi, cela n’altère en rien la valeur du contenu de cette parole, qui dépasse le simple support.

Il y a différents types de bibles, comment choisir la bonne ?

Il existe de nombreuses traductions. Cela s’explique par le fait que ceux qui étudient la Bible de manière approfondie commencent par les textes originels en hébreu, grec et araméen. Chacun utilise ces textes pour proposer sa propre traduction. Cependant, le choix des traductions peut être compliqué, car certaines ont été influencées par des idéologies et du fondamentalisme, ce qui peut dévoyer le message divin. Comme Bibles que je propose aux Chrétiens, il y a la Bible de Jérusalem. Elle a été traduite par des catholiques, tout comme la Bible ecclésiale, qui, bien qu’elle soit moins scientifique, a l’avantage d’avoir une traduction liturgique comme dans les missels et les mensuels. La Bible TOB (Traduction œcuménique de la Bible) est l’œuvre commune des catholiques et des protestants en quête de leur unité chrétienne.

Quels conseils donneriez-vous à un débutant en étude biblique ?

Pour ceux qui savent lire, la première étape consiste à prendre la Bible et à commencer à la lire depuis le début. Ce premier contact est essentiel avant d’entamer toute analyse, interprétation ou explication. L’illustration nous vient de l’histoire de Philippe et de l’Éthiopien. L’Éthiopien lisait un passage d’Isaïe, le serviteur souffrant. Même sans comprendre, il lisait tout de même. A la suite de sa lecture, Philippe vient à sa rencontre pour lui expliquer le texte. Ainsi, l’effort initial est d’avoir la Bible et de la lire. C’est très accessible, car les premières pages contiennent des récits captivants, et il est bénéfique de découvrir ces histoires pour en saisir le sens. Au fil du temps, un Philippe pourrait se présenter pour nous éclairer, ce qui pourrait mener à la foi et à la conversion.

En route pour les études bibliques approfondie

Comment abordez-vous l’interprétation des passages difficiles de la Bible ?

Saint Pierre, en évoquant l’une des épîtres de Saint Paul, mentionne clairement qu’il y a des passages difficiles à comprendre. Cela signifie que tout n’est pas toujours évident. Lorsque je lis un texte biblique, je commence par analyser les personnages, puis j’examine les verbes utilisés, en me référant à l’hébreu pour l’Ancien Testament et au grec pour le Nouveau Testament, car les traductions peuvent souvent déformer le sens des mots. Je m’y attarde pour mieux comprendre la valeur sémantique de ce qui peut me surprendre dans le texte. Ensuite, j’essaie de saisir le contexte dans lequel une affirmation a été faite. Par exemple, dans l’Évangile de Saint Jean, il est écrit : « tout homme qui est né de Dieu ne pêche pas ». On pourrait penser que cela signifie que tous ceux qui croient ne doivent pas pécher. Pourtant, le même Saint Jean affirme aussi : « si l’un d’entre vous pèche, nous avons un défenseur auprès du Père ». Cela soulève des questions sur son propos. Pour le comprendre, il est essentiel d’explorer le contexte, où le premier fait référence à la méchanceté humaine, tandis que le second reconnaît la faiblesse de l’homme. C’est pourquoi je déconseille toujours aux chrétiens de lire des extraits isolés, car il y a toujours un contexte antécédent et un contexte subséquent qui éclairent l’intention de l’auteur.

Comment la Bible éclaire-t-elle notre compréhension de la prière ?

La Bible et la prière sont étroitement liées, car prier, c’est rencontrer Dieu pour lui parler et l’adorer. C’est être en sa présence. La Bible, quant à elle, est le moyen par lequel Dieu nous transmet son message. Elle contient la parole de Dieu, Jésus. Ainsi, si je considère la prière comme un moment en présence de Dieu, et que ce dernier se révèle par sa Parole, alors en lisant la Bible, je suis déjà engagé dans un exercice spirituel qui me conduit à la prière. Je me trouve devant Dieu, désireux de l’écouter à travers les Écritures. Après l’avoir écouté, je peux lui exprimer ma gratitude, l’adorer, le louer ou lui faire part de mes faiblesses et de mes manquements. La prière perd son efficacité si nous ne savons pas à qui nous nous adressons. Je prie Dieu, et ce Dieu me parle à travers sa parole.

Est-il suffisant de lire la Bible et de prier ?

Il est essentiel de travailler après avoir prié. On ne peut pas se contenter d’une vie de contemplation sans action. Ce n’est pas viable. Nous risquons de manquer de ressources, car même Dieu, qui est esprit, a œuvré. Il a créé l’univers, et l’homme de ses propres mains. Ainsi, après la prière, il est nécessaire de se mettre au travail. Dimanche dernier, nous avons lu l’évangile des noces de Cana. Marie remarque qu’il n’y a plus de vin et en parle à son fils, qui transforme ensuite l’eau en vin. Il est important de souligner qu’avant le miracle, l’eau avait déjà été puisée et versée dans les jarres par les serviteurs avec dévouement. Le travail effectué avec amour et passion rend la prière efficace.

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