Dans un message fort et inhabituellement direct, Monseigneur Paul Lontsié-Keuné, évêque de Bafoussam, a brisé le silence sur le climat politique qui entoure l’élection présidentielle du 12 octobre 2025.

Par Magnus Ful
Dans une déclaration publiée ce 29 juillet et relayée par Le TGV de l’Info, le prélat s’adresse à « tout le peuple de Dieu qui est à Bafoussam » et aux Camerounais de bonne volonté. Son ton est grave, ses mots pesés : « Le peuple murmure… nous nous interrogeons. »
Le message, aux accents bibliques et citoyens, dresse un constat préoccupant du processus électoral en cours au Cameroun. Il pointe un malaise grandissant, une démocratie fragilisée, un droit électoral questionné, et une paix qui semble compromise.
Des questions sur la transparence du processus électoral
L’évêque exprime sa perplexité face à plusieurs événements récents : le report des élections municipales et législatives, la publication tardive de la liste électorale, le rejet systématique de certains recours par les institutions, ainsi que la forte présence sécuritaire dans les rues lors de l’annonce des candidats retenus.
« Redoutait-on une réaction du peuple ? » s’interroge-t-il, avant de rappeler que « la vérité nous rendra libres ». Pour lui, les obstacles à la transparence et les restrictions des libertés publiques contribuent à alimenter la méfiance et l’instabilité.
Une démocratie affaiblie par la peur et le tribalisme
Monseigneur Lontsié-Keuné s’inquiète aussi de la montée du tribalisme et des discours haineux dans les médias et les réseaux sociaux. Il dénonce une atmosphère de tension où « la force supplante le droit » et où le peuple « est réduit au silence » par la peur, l’intimidation et la manipulation.
« Il ne peut y avoir de paix sans vérité ni justice », affirme-t-il avec insistance, rejetant toute idée de paix superficielle fondée sur l’oppression ou la dissimulation.

Un plaidoyer en faveur de l’alternance et de la justice
Dans un passage clé de son adresse, l’évêque rappelle que l’alternance est un pilier de toute démocratie vivante. Pour lui, la possibilité de renouveler le pouvoir est essentielle pour préserver la légitimité des institutions et renforcer la souveraineté du peuple.
Il exhorte le Conseil Constitutionnel à faire preuve d’indépendance, de courage et de fidélité à la vérité : « Nous les appelons à ne dire que le droit et rien que le droit, à rendre justice et rien que la justice. »
Un appel spirituel et citoyen
Clôturant son message sur une note profondément spirituelle, Monseigneur Lontsié-Keuné appelle les croyants à ne pas se taire. Il demande à Dieu la force de « hurler pour ceux qui ne peuvent pas hurler » et de « pleurer pour ceux dont le cri est étouffé par les puissants ». Une interpellation poignante à la veille d’un moment décisif pour le Cameroun.
Ce message, rare par sa teneur et sa fermeté, pourrait bien marquer un tournant dans la conscience citoyenne alors que le pays entre dans une phase cruciale de son histoire politique.

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