Le dialogue entre christianisme et néo-panafricanisme ouvre des pistes pour une Afrique unie, éthique et éducatrice, enracinée dans ses cultures et tournée vers l’avenir.
Par Magnus Ful
L’année académique 2025-2026 de l’Université Catholique d’Afrique Centrale a été inaugurée par une leçon magistrale du professeur Charles Moukala, vice-recteur chargé des affaires académiques, explorant le dialogue entre christianisme et néo-panafricanisme et soulignant leur rôle commun dans le destin de l’Afrique.
Christianisme africain et mémoire historique
Le professeur Charles Moukala a rappelé que le christianisme en Afrique ne se réduit pas à une importation coloniale. Ses racines remontent à l’Égypte ancienne, au monachisme et aux figures patristiques africaines. En Éthiopie, il est religion d’État depuis le IVe siècle. « L’Afrique n’a pas seulement été évangélisée, elle a évangélisé », a-t-il insisté, montrant que la foi et la culture africaines se nourrissent mutuellement.

Pour le professeur Moukala, cette mémoire historique éclaire également le néo-panafricanisme. Il a tracé le mouvement depuis la diaspora jusqu’aux institutions actuelles, notant que le néo-panafricanisme, amplifié par les réseaux sociaux, réactive une utopie mobilisatrice face aux défis contemporains et au néocolonialisme.
Un panafricanisme chrétien de service
Le cœur de la réflexion du professeur Moukala portait sur le rôle social et politique de l’Église. Dans des États souvent fragiles, elle joue un rôle stabilisateur à travers ses réseaux transnationaux, promouvant l’éthique et le bien commun et contribuant à l’unité africaine. Des exemples historiques illustrent comment certains leaders religieux ont défendu la justice et les populations vulnérables, parfois au péril de leur vie.
Selon lui, cette action s’appuie sur la doctrine sociale de l’Église, qui considère le développement comme fondement de la paix. Elle a inspiré des écoles, des hôpitaux et des universités, offrant des services essentiels tout en transmettant des valeurs éthiques.

Le professeur Moukala a proposé un « panafricanisme chrétien de service » autour de trois axes. D’abord, l’inculturation : l’Évangile doit s’enraciner dans les cultures locales, en harmonie avec les valeurs communautaires africaines. Ensuite, la réconciliation : l’Église peut accompagner les sociétés africaines à travers la justice restauratrice, aidant à surmonter les blessures historiques. Enfin, l’éducation : les universités catholiques doivent former des leaders conscients de leur responsabilité éthique et sociale.
Le professeur Moukala a également souligné les tensions possibles : l’universalisme chrétien peut uniformiser et l’affirmation identitaire africaine peut essentialiser. L’Église doit conserver une indépendance prophétique face aux régimes politiques.
Il a conclu par un appel à la synergie créative : « L’Afrique ne peut se contenter d’être périphérique », invitant à combiner foi et engagement panafricain comme deux poumons d’un même corps. Pour le professeur Charles Moukala, l’objectif est de faire de chaque Africain un acteur de sa propre mission, non seulement spirituelle mais aussi sociale et continentale.
L’alliance réfléchie du christianisme et du néo-panafricanisme, selon le professeur Moukala, offre à l’Afrique les instruments pour s’unir, se développer et construire un avenir basé sur la justice, l’éducation et la solidarité.
