Le manuel scolaire, du latin manus ( la main ), est historiquement considéré comme l’ouvrage didactique par excellence. Au XIXe siècle, il était perçu comme le livre résumant tous les autres, regroupant l’essentiel des connaissances dans un format maniable (Wikipédia, consulté le 6 septembre 2025). Selon Le Petit Robert (2003), il s’agit d’un « ouvrage didactique présentant, sous un format maniable, les notions essentielles d’une science, d’une technique, et spécialement les connaissances exigées par les programmes scolaires ».
L’apparition du manuel scolaire est étroitement liée à l’invention de la presse à imprimer par Gutenberg en 1454. Trente ans plus tard, en 1470, le premier manuel scolaire français reconnu comme tel par les éditeurs contemporains est publié. Ce type d’ouvrage devient rapidement un outil central dans les établissements scolaires, notamment confessionnels, où il sert à transmettre des valeurs morales et religieuses. L’enseignement étant souvent assuré par des religieux, le manuel scolaire joue alors un rôle normatif autant qu’instructif (fr-academic.com, consulté le 6 septembre 2025).

Aujourd’hui encore, le manuel scolaire reste un pilier de l’enseignement. Il ne se limite pas à un simple support de cours : il structure les apprentissages, guide les enseignants et sert de repère aux élèves. Comme le souligne Paule Raïssa Aboudi (2022), « C’est le point de référence pour tous les acteurs de l’éducation que sont principalement l’enseignant et l’apprenant ». Cette affirmation, tirée de son étude Le manuel scolaire au Cameroun : pour une élaboration des critères d’évaluation et de typologisation, met en lumière le rôle central du manuel dans la dynamique pédagogique actuelle. François-Marie Gérard (2009), dans son ouvrage Des manuels scolaires pour apprendre, concevoir, évaluer, utiliser, affirme que « le manuel scolaire reste encore le support à l’apprentissage le plus répandu et sans doute le plus efficace ».
Au Cameroun, la rentrée scolaire 2025/2026 met en évidence les coûts liés à l’achat des manuels scolaires. Selon la liste officielle publiée le 10 avril 2025 par le ministre de l’Éducation de Base, Dr Laurent Serge Etoundi Ngoa, chaque enfant doit disposer de trois manuels pour chacune des sections de la maternelle et de sept à huit manuels pour chaque niveau du primaire (MINEDUB, 2025, ecolesaucameroun.com). De l’autre côté, selon la liste publiée par le Ministère des Enseignements Secondaires (MINESEC), dirigé par le Professeur Nalova Lyonga, chaque élève du secondaire général doit acquérir entre quinze et dix-huit manuels, en fonction du niveau et de la série (savaneinspire.com 2025).
Le coût estimé est d’environ 3 000 FCFA pour chaque niveau de la maternelle, et entre 14 750 et 16 250 FCFA pour chaque niveau du primaire, par enfant. Pour le secondaire, le coût unitaire de ces ouvrages varie généralement entre 1 800 et 6 500 FCFA, ce qui représente une charge financière considérable pour les familles, surtout lorsqu’il faut équiper plusieurs enfants. Pour une famille ayant plusieurs enfants scolarisés, la facture peut facilement dépasser 70 000 FCFA, soit bien au-delà du SMIG fixé à 41 875 FCFA. Cette situation soulève des préoccupations majeures en matière d’accessibilité à l’éducation, notamment pour les foyers à faibles revenus.
Il faut toutefois reconnaître que des efforts sont en cours pour améliorer l’accessibilité aux ressources pédagogiques. Depuis la mise en œuvre de la Politique Nationale des Manuels Scolaires en 2021, encadrée par la Loi N°2021/024 sur la filière du livre, le gouvernement camerounais s’est engagé dans une dynamique de réforme. Et malgré ces avancées louables, le coût des manuels reste encore élevé pour une grande partie des familles camerounaises. Il demeure hors de portée pour les foyers ruraux ou précaires, qui doivent souvent faire des choix douloureux entre l’éducation de leurs enfants et la satisfaction de besoins essentiels.
Par ailleurs, l’Église, en tant que partenaire historique de l’éducation au Cameroun, joue un rôle important dans l’amélioration de l’accessibilité aux manuels scolaires. Plusieurs diocèses et congrégations religieuses participent à la diffusion à moindre coût de manuels adaptés aux programmes officiels. En milieu rural, certaines paroisses organisent des collectes ou mobilisent des fonds communautaires pour fournir des manuels aux enfants issus de familles défavorisées. En outre, des organisations chrétiennes collaborent avec des partenaires internationaux pour financer des projets éducatifs incluant la distribution de manuels scolaires.
Somme toute, des voix s’élèvent pour alerter sur les enjeux environnementaux liés à la fabrication des manuels scolaires. Aïssatou Diop, dans L’éducation et l’environnement en Afrique (Revue ÉcoAfrique, 2021), souligne que « la fabrication de manuels scolaires est l’un des secteurs les plus gourmands en papier, et donc en arbres ». Elle appelle à intégrer des critères écologiques dans les politiques éducatives. Face à ce défi, le numérique apparaît comme une solution prometteuse : manuels en ligne, plateformes éducatives, tablettes solaires. Au Cameroun, cette transition reste timide. Pourtant, elle permettrait de réduire les coûts, de limiter l’impact environnemental et de favoriser l’accès aux savoirs, notamment dans les zones rurales.