L’Archidiocèse de Yaoundé a honoré Sœur Olinga lors du triple jubilé célébré le 06 juin dernier en la Basilique de Mvolyé. Figure pionnière de la communication catholique au Cameroun, la religieuse a reçu un diplôme de reconnaissance pour sa contribution significative à la charge de gouvernement pastoral de Mgr Jean Zoa.
Par Marcelline Manga | Yaoundé, juin 2026
Un hommage historique à la communication catholique au Cameroun
De nos jours, insérer la reconnaissance des pionniers dans un projet de célébration d’une institution ecclésiale, ne va pas de soi. L’Archidiocèse de Yaoundé a eu la délicatesse de le faire, lors de la célébration de son triple jubilé, pendant lequel, Mgr Jean Mbarga, l’Archevêque métropolitain, a rendu un hommage à Sœur Michèle Thérèse Olinga, religieuse de la Congrégation des Filles de Marie de Yaoundé.
En présence du Nonce apostolique et de l’épiscopat camerounais. Le Pasteur propre de Yaoundé, a remis à la première Religieuse journaliste du Cameroun, un diplôme de reconnaissance pour « sa fidélité et son service dévoué aux côtés de Mgr Jean Zoa, archevêque de Yaoundé, dans sa charge de gouvernement pastoral et de l’édification de l’Eglise ».

Très surprise, l’émotion de la Sœur Olinga a plongé l’assemblée dans l’émoi et pour ceux qui suivent de près l’évolution de la communication catholique au Cameroun, le geste de l’Archidiocèse avait quelque chose d’inédit. Ce genre de reconnaissance qui arrive tardivement, en dit long sur ceux que l’Église choisit de valoriser.
Une pionnière formée à l’ESSTIC et façonnée par la mission
Promotion 1990 de l’École Supérieure des Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication (ESSTIC), Sœur Michèle Thérèse Olinga n’a pas choisi le journalisme de son plein gré. Elle a obéi à Mgr Jean Zoa qui l’a envoyée aux études, après le décès de l’Abbé Joseph Mbassi, pour combler un vide urgent dans la structure médiatique du diocèse.
À sa sortie de l’ESSTIC, elle devient la première religieuse journaliste du Cameroun. Derrière le titre, une réalité concrète : Elle se voit confier la responsabilité des médias catholiques de l’Archidiocèse de Yaoundé. La radio, la presse écrite avec le mensuel Nleb Bekristen, les relations avec les médias publics : Trois domaines distincts, un seul bureau et une mission pressante.
Une architecte des médias diocésains et de la radio communautaire
Au rythme du déploiement de la hiérarchie diocésaine, le champ d’activités de Sœur Olinga dépasse largement les frontières de l’Archidiocèse. Elle accompagne systématiquement l’archevêque dans ses déplacements pastoraux, assure la couverture médiatique des grands événements ecclésiaux, et travaille à structurer une programmation radiophonique multilingue : en ewondo, en anglais et en français.

Des émissions comme Kalara Mefoë, Morning Meditation, Catholic Echoes et Église et développement portent son empreinte. Elles ne sont pas nées d’une réunion de planification, mais d’une compréhension fine des communautés auxquelles elles s’adressaient. C’est d’ailleurs à Eglise et développement qu’elle avait consacré son mémoire de fin d’étude.
Sous l’impulsion de Mgr Victor Tonye Bakot, elle participe activement à la naissance de la Radio communautaire Jeunesse à Mvolyé. Un projet qui a nécessité la collaboration avec les experts de l’UNESCO, ceux du Ministère de tutelle et des autorités administratives. Un chantier périlleux que la Religieuse aura mené avec la discrétion qui caractérisait son style de travail.
Une mission marquée par l’exigence et les défis

Le parcours de Sœur Michèle Thérèse Olinga ne s’est pas déroulé sans difficultés. Les contraintes professionnelles étaient réelles. La discrimination du genre, aussi. Diriger une rédaction ecclésiale en tant que femme, religieuse africaine dans le Cameroun des années 1990, c’était naviguer dans un espace où chaque la légitimité ne se gagnait qu’au mérite, rarement accordée d’emblée à la gent féminine.
Le domaine de la communication exigeant de ses acteurs une permanente remise à niveau, Mgr Jean Zoa qui avait pris le risque de mettre une femme aux commandes de la communication, s’est toujours organisé à lui trouver des stages auprès des grandes radios catholiques au Canada, en Italie, en France et dans d’autres pays où la technologie était plus avancée. Sur le terrain de la mission le défi était colossal
Poursuivre cette mission était parfois incertain, heureusement, la prière a toujours été le refuge de Sr Olinga. A l’heure des orages, elle pouvait compter sur le soutien de Mgr Jean Zoa, qui l’a encouragée à constituer une équipe de bénévoles et à investir dans la formation technique des collaborateurs. Cette stratégie d’appui n’était pas superflue, elle était vitale et porteuse. Des figures du journalisme catholique comme feu Mgr Joseph Befe Ateba et l’Abbé Félix Désiré Amougou ont d’ailleurs fait leur premiers pas dans cette dynamique.
Une reconnaissance tardive mais symbolique
Sœur Michèle Thérèse Olinga a pris sa retraite en 2009, après la visite apostolique du Pape Benoît XVI au Cameroun — un événement très médiatisé dont elle avait brillamment assuré la couverture, histoire de conclure en beauté, deux décennies d’un travail acharné.
Dix-sept ans plus tard, après la Visite apostolique du Pape Léon XIV, l’Archidiocèse de Yaoundé lui décerne une reconnaissance officielle. La coïncidence serait-elle prophétique ? L’émotion visible de cette pionnière qui s’est retirée dans l’anonymat était de celles qui montent lorsqu’on réalise que l’édifice qu’on a bâti hier dans l’indifférence totale des protagonistes est vu aujourd’hui comme un héritage par ces derniers.
‘’Serviteur inutile’’ comme elle se définit en bonne personne consacrée, son parcours incarne ce que la communication catholique au Cameroun a de particulier : une construction lente, quasi invisible, mais très importante à l’édification de l’Eglise.

Un, héritage, une œuvre à poursuivre
Le diplôme de Sr Michèle Thérèse Olinga souligne ‘’sa proximité, son travail discret et son cœur de servante qui ont contribué à faire grandir l’œuvre ecclésiale et à faire rayonner le Christ’’. Ce geste de reconnaissance rappelle que la communication catholique au Cameroun s’est construite grâce à des pionniers souvent discrets mais essentiels. Des hommes et des femmes ayant travaillé sans les plateformes numériques, sans algorithmes et d’autres outils sophistiqués d’aujourd’hui, — mais qui ont quand même réussi à faire entendre la voix de l’Église.
Bien qu’elle arrive tardivement, Sœur Olinga peut se réjouir de cette reconnaissance bien méritée. L’archidiocèse tourné vers l’avenir sait que le défi reste de poursuivre la belle œuvre de la communication catholique en l’adaptant aux mutations numériques et de pastorale contemporaine.
