Les Journées nationales de la jeunesse 2026 ont réuni les jeunes catholiques à Bertoua, mais la formation reçue doit désormais répondre aux réalités complexes qui façonnent leur vie
Par Magnus Ful
Une rencontre qui soulève une question plus profonde
Pendant plusieurs jours, Bertoua est devenue un point de rencontre pour les jeunes catholiques venus de tout le Cameroun
Les sixièmes Journées nationales de la jeunesse se sont déroulées du 21 au 26 juillet 2026 dans la province ecclésiastique de Bertoua
Le principal rassemblement national s’est tenu à Bertoua
Les jeunes sont venus prier, se former, échanger, célébrer et tisser des liens
Certains ont parcouru de longues distances
D’autres ont accueilli des délégations dans leurs familles et leurs paroisses
Pourtant, l’importance des JNJ dépasse l’ampleur du rassemblement

L’événement a soulevé une question plus profonde
De quelle formation les jeunes catholiques ont-ils besoin pour vivre leur foi dans un monde en mutation rapide ?
Cette question est importante, car les jeunes sont confrontés à des réalités que les générations précédentes n’ont pas vécues de la même manière
L’intelligence artificielle transforme les manières d’apprendre et de travailler
Les plateformes numériques redessinent la communication et les relations
L’incertitude économique influence les choix en matière d’éducation et d’emploi
Dans le même temps, les jeunes continuent de s’interroger sur leur identité, leur culture, leurs traditions et leur foi
Dès lors, une pastorale de la jeunesse qui ignore ces réalités risque de parler aux jeunes sans véritablement les rejoindre
Le chemin vers Bertoua faisait déjà partie de la formation
Pour de nombreux participants, l’expérience des Journées nationales de la jeunesse a commencé avant leur arrivée au principal rassemblement de Bertoua
Les délégations ont été accueillies dans plusieurs centres de la province ecclésiastique de Bertoua
À Doumé, Atok et Batouri, les jeunes ont prié, partagé des repas, découvert l’hospitalité locale et participé aux célébrations liturgiques avant de poursuivre leur route
Le voyage lui-même a donc fait partie de l’expérience de formation
À Batouri, Mgr Marcellin-Marie Ndabnyemb a exhorté les jeunes à rester fidèles au Christ et à résister aux valeurs susceptibles d’affaiblir leur identité et leur foi
À Doumé, Mgr Jan Ozga les a appelés à devenir des témoins courageux du Christ
À Atok, la prière et la fraternité ont préparé les jeunes pèlerins au rassemblement national
Ces expériences ont montré que la formation ne se déroule pas uniquement dans les salles de conférence
Elle se vit aussi, par exemple, à travers les relations, l’hospitalité, la prière et les expériences partagées
Cette réalité est importante pour l’avenir de la pastorale des jeunes
En effet, les jeunes ont besoin d’espaces où la foi n’est pas seulement expliquée, mais aussi vécue

La formation doit rejoindre le monde que les jeunes habitent réellement
Les JNJ ont placé la formation au centre de leur programme
Les échanges ont porté sur la modernité, la tradition, l’intelligence artificielle, l’entrepreneuriat et l’engagement chrétien
Ces thèmes n’étaient pas déconnectés les uns des autres
En effet, ils reflétaient ensemble le monde dans lequel les jeunes évoluent déjà
Ils grandissent entre des traditions héritées et des réalités sociales en rapide évolution
Ils sont également confrontés aux nouvelles technologies, à l’incertitude économique et aux transformations culturelles
Le défi pour l’Église n’est donc pas simplement de demander aux jeunes de rejeter la modernité
Il est plutôt de les aider à y prendre part de manière responsable
L’une des réflexions majeures a été proposée par Mgr Jean Mbarga, qui a abordé le rapport entre modernité et tradition
La question n’était pas simplement de savoir si les jeunes devaient choisir entre la tradition et la modernité
Il s’agissait plutôt de savoir s’ils pouvaient prendre leurs responsabilités face à leur vie, leur identité et leur histoire dans un monde en mutation
Cette perspective donne à la formation une portée concrète
Ainsi, la formation à l’intelligence artificielle doit aider les jeunes à comprendre comment la technologie influence leurs choix, leur travail, leurs relations et leur accès à l’information
De même, la formation à l’entrepreneuriat doit relier la foi à la créativité, à la responsabilité et à la recherche de perspectives économiques durables
La formation sur la modernité et la tradition doit, pour sa part, aider les jeunes à s’ouvrir au changement sans perdre leur identité
Enfin, la formation à l’engagement chrétien doit les aider à traduire leur foi en actions responsables
La foi doit parler d’éducation, de travail et de vie quotidienne
La célébration de clôture a directement relié le message des JNJ aux défis auxquels les jeunes sont confrontés
Présidant la messe finale, Mgr José Avelino Bettencourt, nonce apostolique au Cameroun et en Guinée équatoriale, est revenu sur le thème : « Courage ! J’ai vaincu le monde »
Les défis évoqués au cours de la célébration concernaient notamment l’éducation, la santé, l’emploi, la vie familiale et la cohésion sociale

Ces défis ne sont pas séparés de la vie spirituelle des jeunes catholiques
Au contraire, ils la façonnent
Un jeune préoccupé par l’emploi a besoin de plus que d’encouragements
De même, un étudiant confronté à des difficultés scolaires a besoin d’orientation et de soutien
Un jeune confronté à des tensions familiales a besoin de communautés capables de l’écouter et de l’accompagner
Par ailleurs, une personne confrontée à des questions de santé et de relations sociales a besoin d’une formation qui parle à sa vie réelle
C’est donc là que l’avenir de la pastorale des jeunes sera éprouvé
L’Église doit continuer à créer des espaces où les jeunes peuvent poser des questions difficiles et relier leur foi aux décisions qu’ils prennent chaque jour
Le monde numérique exige du discernement
Les JNJ ont également abordé l’une des réalités qui définissent la vie des jeunes aujourd’hui : le monde numérique
Au cours de la cérémonie de clôture, Mgr Philippe Alain Mbarga a exhorté les jeunes à ne pas devenir esclaves des plateformes numériques
Dans le même temps, il les a encouragés à utiliser les réseaux sociaux pour évangéliser et rejoindre leurs contemporains
Le message a ainsi mis en évidence une tension centrale
Les plateformes numériques peuvent distraire, influencer les comportements et exposer les utilisateurs à la manipulation
Cependant, elles peuvent aussi offrir des possibilités de créativité, de communication et d’évangélisation
La formation doit donc aider les jeunes à développer leur discernement
Pour y parvenir, ils doivent comprendre comment les espaces numériques influencent l’attention, l’identité et les relations

Ils doivent également acquérir les compétences nécessaires pour les utiliser de manière responsable et créative
Ce défi donne aux JNJ une portée plus large
En effet, les questions soulevées à Bertoua rejoignent des débats plus vastes Les jeunes doivent aujourd’hui composer avec la foi, la technologie, l’identité culturelle, l’éducation et l’incertitude économique
De la célébration à la responsabilité
Les JNJ ont révélé la force d’une communauté catholique nationale
Des jeunes venus de différentes régions se sont rencontrés, ont partagé leurs cultures, prié ensemble, participé à des activités sportives et célébré à travers la musique et la danse
La diversité était visible
L’unité l’était aussi
Les activités culturelles ont montré que l’Église au Cameroun est une famille composée de langues, de traditions et d’histoires différentes
Cette unité porte également une responsabilité sociale
Par conséquent, l’appel à devenir des bâtisseurs de paix donne aux JNJ une portée qui dépasse la communauté ecclésiale
Dans leurs familles, leurs écoles, leurs paroisses et leurs communautés, les jeunes catholiques peuvent contribuer au dialogue, à la solidarité et à la cohésion sociale
Mgr Joseph Atanga de Bertoua a appelé les jeunes à être courageux, forts, dynamiques et persévérants
Il les a exhortés à devenir des bâtisseurs de paix, de joie, d’amour et de bonheur dans leurs milieux de vie
Le message était clair

Les JNJ n’étaient pas destinées à s’achever à Bertoua
Les jeunes étaient appelés à en rapporter l’esprit dans leurs milieux de vie
Le véritable test commence après les Journées nationales de la jeunesse
La cérémonie de clôture a réuni évêques, prêtres, autorités civiles et des milliers de jeunes dans une ultime célébration de la foi
Le nonce apostolique a présidé l’Eucharistie
L’archevêque de Bertoua a accueilli les participants
Le représentant de la Conférence épiscopale nationale du Cameroun a félicité la province ecclésiastique de Bertoua pour l’organisation de l’événement
Les jeunes, de leur côté, ont exprimé leur gratitude pour le soutien et l’attention dont ils ont bénéficié
Pourtant, le moment le plus important des JNJ pourrait intervenir après la bénédiction finale
Les jeunes retournent désormais dans les salles de classe, les universités, les familles, les lieux de travail et les communautés
Certains retrouvent les pressions liées au chômage et à l’incertitude économique
D’autres retournent dans des situations familiales difficiles, des contextes marqués par les tensions sociales ou une société de plus en plus numérique
Ils repartent également avec une question
Que feront-ils de ce qu’ils ont reçu ?
La réponse déterminera la valeur durable de l’expérience des Journées nationales de la jeunesse 2026
Une formation qui répond aux défis du temps présent
Les Journées nationales de la jeunesse ont montré que les jeunes catholiques veulent à la fois des racines et une direction
Ils veulent approfondir leur foi

Ils veulent également comprendre comment cette foi parle d’éducation, d’emploi, d’entrepreneuriat, de relations, de santé, de vie numérique et de leurs responsabilités en tant que citoyens
C’est pourquoi la formation est centrale pour l’avenir de la pastorale des jeunes
Les jeunes ne peuvent pas être formés uniquement pour les activités de l’Église
Ils doivent également être préparés à prendre des décisions éthiques dans le monde numérique, à affronter les pressions sociales et économiques, à protéger leur dignité, à construire des relations saines et à contribuer à la paix
Les Journées nationales de la jeunesse 2026 ont offert une base solide pour cette réflexion
L’accent mis sur le courage, la foi, la fraternité et le témoignage a donné aux jeunes un langage commun
Les réflexions sur la modernité, la tradition, l’intelligence artificielle et l’entrepreneuriat ont ouvert des discussions nécessaires
L’attention accordée aux réseaux sociaux a reconnu la réalité de la communication contemporaine
Le message spirituel a placé le Christ au centre des défis auxquels les jeunes sont confrontés
La prochaine étape est donc la continuité
L’énergie de Bertoua doit devenir une formation dans les paroisses, les diocèses, les écoles et les mouvements de jeunes
Les amitiés créées pendant les JNJ doivent devenir des réseaux de solidarité
L’appel au courage doit devenir un service concret
Les Journées nationales de la jeunesse sont terminées
Cependant, la question qu’elles ont soulevée demeure
Comment la formation des jeunes catholiques peut-elle les aider à rester enracinés dans la foi tout en répondant de manière intelligente, éthique et courageuse à un monde en mutation ?
La réponse ne se trouvera pas seulement dans les prochains rassemblements
Elle se trouvera aussi dans la qualité de la formation que les jeunes catholiques recevront chaque jour
