Crise de la santé mentale au Cameroun : l’Église fait de l’écoute active une priorité pastorale

Des participants à une formation en accompagnement psychosocial tiennent leurs attestations de participation au Cameroun
Les participants présentent leurs attestations à l’issue de la formation sur l’écoute active et l’accompagnement psychosocial des personnes vulnérables.

Face aux blessures psychologiques provoquées par les conflits, les déplacements forcés et les difficultés sociales, l’Église catholique au Cameroun renforce les compétences de ses agents pastoraux afin d’offrir un accompagnement psychosocial de proximité aux personnes vulnérables.

Par Rodrigue BIKELE

Une veuve en deuil. Un jeune marqué par les violences. Une famille qui tente de se reconstruire après un déplacement forcé. Au Cameroun, les souffrances psychologiques restent souvent silencieuses. Pourtant, la santé mentale au Cameroun est devenue un enjeu majeur dans un contexte marqué par les crises sociales, les conflits et la précarité.

Pour beaucoup de personnes en détresse, le premier recours n’est pas toujours un spécialiste de la santé mentale. Elles franchissent d’abord la porte d’une paroisse, où un prêtre, une religieuse ou un catéchiste devient souvent la première personne disponible pour accueillir leur souffrance et leur offrir une écoute attentive.

Cette réalité conduit aujourd’hui l’Église catholique à renforcer une dimension essentielle de sa mission : accompagner les personnes dans les moments d’épreuve. Si la prière et le soutien spirituel demeurent au cœur de cette présence, les défis actuels exigent également que les agents pastoraux puissent reconnaître les signes de traumatisme, écouter avec discernement et orienter les personnes vers une prise en charge adaptée.

L’accompagnement psychosocial vient ainsi compléter l’action pastorale. Il associe écoute active, soutien émotionnel et accompagnement pratique afin de mieux répondre aux besoins des personnes confrontées aux difficultés psychologiques.

Santé mentale au Cameroun : les paroisses comme premiers espaces d’écoute

Le Cameroun continue de subir les conséquences des conflits armés, des déplacements de populations, de la pauvreté et de la fragilisation des liens familiaux. Ces réalités affectent durablement l’équilibre psychologique de nombreuses personnes.

Des participants à une formation en accompagnement psychosocial tiennent leurs attestations de participation au Cameroun
Des participants reçoivent leurs attestations après une formation en accompagnement psychosocial au CamerounLes participants présentent leurs attestations à l’issue de la formation sur l’écoute active et l’accompagnement psychosocial des personnes vulnérables.Des participants reçoivent leurs attestations après une formation en accompagnement psychosocial au Cameroun

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) souligne que les situations d’urgence humanitaire entraînent une augmentation importante des besoins en santé mentale. Dans le même temps, l’accès aux services spécialisés reste limité dans plusieurs régions. Dans ce contexte, les agents pastoraux deviennent souvent des acteurs de proximité capables d’identifier les souffrances et de faciliter l’orientation vers des structures adaptées.

Écouter avant de conseiller

Afin de répondre à cette réalité, l’Association Foi et Justice, organisme catholique engagé dans la promotion de la justice, de la paix et de la dignité humaine, a organisé des sessions de formation de formateurs en accompagnement psychosocial à Bafoussam (du 4 au 8 mars), Yaoundé (du 11 au 14 avril) et Garoua (du 5 au 9 mai 2026).

Ces formations ont réuni des prêtres, des personnes consacrées et des fidèles laïcs engagés dans l’accompagnement des personnes vulnérables au sein des paroisses et des communautés chrétiennes.

« Le premier outil de l’accompagnement, c’est d’abord l’accompagnateur lui-même », rappelle le Dr Boris Goula, l’un des formateurs.

Cette conviction a guidé toute la formation. Les participants ont été invités à développer une meilleure connaissance d’eux-mêmes, une stabilité émotionnelle et une véritable capacité d’écoute avant d’accompagner des personnes confrontées à des situations difficiles.

Dans le même esprit, Madeleine Tcheumgang a rappelé que la bonne volonté seule ne suffit pas. Sans formation adaptée, les meilleures intentions peuvent rester limitées face à la souffrance psychologique.

Les participants ont ainsi été initiés à l’écoute active, à la compréhension des traumatismes, aux principes éthiques de l’accompagnement ainsi qu’aux mécanismes d’orientation vers des professionnels compétents.

Former les premiers accompagnateurs des communautés

Pour l’abbé Yves Biakolo, cette initiative répond à une réalité quotidienne dans de nombreuses paroisses camerounaises.

« Dans nos villages, le prêtre est souvent la première personne vers qui les fidèles se tournent pour partager leurs difficultés. Pour mieux les accompagner, nous devons disposer des outils nécessaires », affirme-t-il.

Son témoignage révèle un défi pastoral majeur. Face au deuil, aux violences, aux conflits familiaux ou aux traumatismes, les prêtres, les religieux, les religieuses et les autres agents pastoraux constituent souvent le premier point de contact.

Des participants échangent chaleureusement avec les formateurs à la fin d’une session de formation sur l’écoute active au Cameroun
Un moment de reconnaissance et de partage entre les participants et les formateurs après les sessions de formation en accompagnement psychosocial.

Ils sont donc appelés à associer proximité, écoute, discernement et orientation afin d’apporter une réponse adaptée aux personnes en souffrance.

L’intérêt suscité par cette formation confirme l’importance du besoin. Initialement prévue pour 45 formateurs, elle a finalement accueilli 53 participants, appelés à transmettre ces compétences dans leurs diocèses, leurs paroisses et leurs communautés.

Vers une culture durable de l’écoute dans l’Église

Cette initiative ne s’arrête pas aux sessions de formation. Elle prévoit la création de huit cellules pilotes d’écoute dans des paroisses et structures communautaires à travers le Cameroun.

Ces espaces disposeront de guides pratiques, d’outils méthodologiques et d’un code de déontologie. Ils offriront des lieux d’accueil, de soutien et d’orientation vers des services spécialisés lorsque cela sera nécessaire.

Au-delà de la formation technique, l’objectif est de développer une véritable culture de l’écoute au cœur de la vie paroissiale. L’Église entend ainsi renforcer la capacité des communautés chrétiennes à accompagner les personnes vulnérables avec compétence, respect et attention.

Au Cameroun, de nombreuses blessures restent invisibles. Pourtant, le processus de reconstruction commence souvent lorsqu’une personne trouve quelqu’un capable de l’écouter.

En faisant de l’écoute active et de l’accompagnement psychosocial une priorité pastorale, l’Église catholique réaffirme une mission essentielle : marcher aux côtés des personnes qui souffrent et leur redonner des raisons d’espérer. Dans le contexte actuel, cette présence attentive constitue un témoignage important auprès de la société camerounaise.

FAQ

Pourquoi la santé mentale est-elle un enjeu au Cameroun ?

La santé mentale devient un enjeu majeur au Cameroun en raison des conséquences des conflits, des déplacements forcés, de la précarité économique et des difficultés sociales qui affectent de nombreuses personnes.

Quel rôle joue l’Église catholique dans l’accompagnement psychosocial ?

L’Église catholique accompagne les personnes vulnérables à travers l’écoute, le soutien spirituel, la formation des agents pastoraux et l’orientation vers des professionnels lorsque cela est nécessaire.

Qu’est-ce que l’écoute active en accompagnement pastoral ?

L’écoute active consiste à accueillir une personne avec attention, empathie et respect afin de comprendre sa situation avant de proposer un accompagnement adapté.

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