Pourquoi le tribalisme au Cameroun empoisonne-t-il l’unité nationale ?

L'unité Nationale en jeux au Cameroun

Comment un pays qui célèbre son unité chaque 20 mai peut-il s’auto-détruire par le tribalisme ? Les réponses sont inconfortables mais nécessaires.

Par Martial TATCHIM FOTSO, M.A.

Le vrai problème

Le tribalisme déchire le tissu social du Cameroun, surtout en ligne. Ce qui a commencé comme une loyauté ethnique est devenu quelque chose de bien plus sombre : une discrimination organisée, des invectives haineuses, une division délibérée. Les gens choisissent désormais l’appartenance au groupe plutôt que l’humanité partagée.

Chaque 20 mai, le Cameroun célèbre la Journée de l’unité nationale, marquant le référendum de 1972 qui a unifié le pays. Pourtant, cinquante ans plus tard, nous regardons cette unité s’éroder à travers des commentaires Facebook et des messages WhatsApp. Les tensions tribales menacent directement tout ce que le pays a construit.

Le danger n’est pas abstrait. Quand les gens cessent de se voir comme des citoyens et commencent plutôt à se voir comme des étrangers, l’économie en souffre. La confiance s’effondre. La gouvernance devient impossible. Le tribalisme n’est pas juste de la malveillance, c’est une menace réelle pour l’avenir du Cameroun.

Ce que le tribalisme fait réellement

Il est ceci : je ne fais confiance et ne respecte que les gens de mon groupe ethnique. Tous les autres sont suspects. Leurs luttes ne comptent pas. Leurs réussites ne comptent pas. Leurs vies valent moins.

Dit ainsi, cela semble cru. Mais c’est exactement ça, le tribalisme. Ce n’est pas la fierté culturelle. Ce n’est pas célébrer ses origines. C’est la conviction que sa tribu mérite plus, reçoit plus et devrait toujours passer en premier, même quand c’est nuisible au pays.

Ce fléo crée des gagnants et des perdants. Des gens sont exclus des emplois, des partenariats commerciaux, de la participation civique simplement à cause de leur origine. Les ressources publiques affluent vers les groupes favorisés. Le ressentiment ethnique est parfois instrumentalisé par le politique à des fins électorales.

L’hymne national le dit clairement : « Que tous tes enfants du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest soient tout amour. » Pas liés par la suspicion. Pas enfermés dans des camps tribaux, mais, liés par l’amour.

Cela peut sembler évident, pourtant, à un moment donné, les Camerounais ont oublié cela.

Le Cameroun est incroyablement diversifié, et c’est justement le point

Le monument le plus récent construit à Yaoundé pour consolider l’unité nationale du Cameroun

Le pays compte environ 250 groupes ethniques. Ce n’est pas une faiblesse. C’est presque inédit en Afrique.

On appelle le Cameroun « l’Afrique en miniature » parce qu’il contient toute la gamme des cultures, langues et traditions du continent en un seul endroit. Les Fangs, les Bamilékés, les Peuls, les Doualas, les Haoussas, Etc. Chacun apporte quelque chose d’irremplaçable au caractère du pays.

En avril, le Pape Léon XIV a visité le Cameroun et a clairement dit les choses au Palais de l’Unité. Il a appelé la diversité un don. Ses prédécesseurs en ont dit autant. Ce n’est pas un argument missionnaire, c’est simplement une observation objective de ce qui rend le Cameroun intéressant.

Mais voilà où le tribalisme brise la logique : si l’atout majeur de ton pays c’est sa diversité, et que le tribalisme est construit sur le rejet de la diversité, alors le tribalisme détruit littéralement ton avantage compétitif.

Les cultures qui rendent le Cameroun distinct sont exactement celles que la politique tribale déchire malheureusement.

La différence entre la fierté et le poison

C’est important : la conscience ethnique n’est pas toujours du tribalisme.

Être fier de ta langue, de tes traditions, de tes ancêtres, c’est normal. C’est humain. Chacun devrait savoir d’où il vient.

Le poison commence ici : au moment où tu utilises cette identité pour rejeter les autres. Quand tu refuses d’embaucher quelqu’un à cause de sa tribu. Quand tu ne fais pas confiance à un voisin à cause de sa tribu. Quand tu soutiens l’exclusion de groupes entiers du pouvoir, des ressources ou du respect.

La tradition chrétienne (voire toutes les grandes religions) le souligne : aime ton prochain. Pas ton prochain de ta tribu. Ton prochain. Point final.

À l’opposé de la fierté ethnique, le tribalisme viole ce principe élémentaire.

Pourquoi combattre le tribalisme maintenant ?

Voilà la vérité inconfortable : les pays africains ont passé des siècles à combattre le racisme et le colonialisme. Ils ont dû affirmer haut et fort que leur peuple était égal, que leurs cultures comptaient, que leur humanité était indéniable.

Les Camerounais en particulier ont cette histoire gravée en eux. Sachant cela, comment justifies-tu la discrimination tribale entre vous ? en quoi c’est différent ?

Ça ne l’est pas. La logique est identique. Les deux disent : « Ton ethnie te rend inférieur. » Les deux te privent de dignité à cause de choses hors de ton contrôle.

Si le Cameroun est sérieux sur l’égalité, s’il est sérieux sur la justice, alors le tribalisme ne peut pas exister. Point final.

La solution n’est pas compliquée. C’est l’éducation, le dialogue et une responsabilité implacable quand les politiciens essaient de jouer la carte tribale. C’est apprendre aux enfants qu’être Camerounais vient avant être Bamiléké ou Douala ou Peul.

C’est se souvenir que la diversité a rendu le Cameroun intéressant. Le tribalisme le rendra faible.

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